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Télécharger l'annexeKarima Delli :
Lorsque l’on parle de la stratégie de la façade maritime, on parle vraiment de l’océan. Je crois que l’océan mérite mieux qu’un écran de fumée diplomatique. En effet, la France s’est battue pour organiser la conférence des Nations unies sur l’océan, un événement d’envergure mondiale qui engage notre pays à être exemplaire, mais cette responsabilité historique a été trahie au moment où le système Terre bascule vers l’irréversible. Au moment où les scientifiques tirent la sonnette d’alarme, la France a choisi de détourner le regard. L’océan, pourtant principal régulateur du climat mondial, reste sacrifié sur l’autel de l’inaction politique.
Je regrette que deux grandes priorités, qui auraient dû être adoptées ce matin, c’est-à-dire de pallier les carences de la France, de réserver la bande côtière des 12 miles aux navires de moins de 25 mètres et de réellement garantir une protection des aires marines en interdisant les pêches destructrices, notamment le chalut de fond, le chalut pélagique et la senne démersale, aucun de ces objectifs n’a été atteint et aucun de ces objectifs ne se retrouve dans notre stratégie maritime.
Je trouve que l’on est à un point de bascule. Je pensais vraiment que nous allions initier une ambition, une ambition réellement ambitieuse, qui placerait la protection de l’océan au cœur des politiques publiques. Au lieu de cela, comme en France, la France ne se hisse pas à la hauteur de l’enjeu et, nous, on n’y arrive pas. Je ne comprends pas pourquoi. C’est là où l’on se heurte à préserver certains lobbys de la pêche industrielle contre les faits scientifiques, contre l’intérêt général, mais surtout l’urgence du vivant.
Pire encore, car il faut le dire, durant cette conférence extraordinaire, le gouvernement a tenté de dissimuler son inaction derrière une annonce qui, à première vue, semblait positive : 4 % d’aires marines protégées au lieu de 0,1 % actuellement en France métropolitaine. Or, dans les faits, il ne s’agit que d’un label apposé dans des zones où le chalutage de fond est déjà interdit depuis 2016, notamment au-delà de 800 mètres, grâce au combat mené par les ONG. Vous voyez donc, tout cela est une mascarade, pire, un scandale d’Etat.
Je vous le dis, nous allons nous abstenir, car nous, conseillers régionaux, nous appelons à un sursaut. Il est temps de prendre nos responsabilités. C’est surtout que l’océan n’attendra pas.
Julien Poix :
Monsieur le Président, je voudrais abonder dans le sens de mes collègues, Madame DELLI et Madame TONDELIER, sur la double exposition aux risques de notre littoral, notamment le changement climatique et la surpêche industrielle.
Un exemple seulement, celui de la production de soles, poissons que beaucoup parmi nous apprécient, qui a été divisée par 10 en 10 ans, passant de 772 tonnes en 2009 à 76 tonnes en 2019. Cette raréfaction des ressources a entraîné une baisse de chiffre d’affaires de 40 % à 79 % pour certains navires artisanaux, mettant en péril leur viabilité économique. Premier constat.
Deuxième constat, il faut que nous soyons au rendez-vous de la modernisation de la flottille. Là, on a une petite inquiétude. C’est-à-dire que, tout à l’heure, Monsieur COULON nous dit que 100 % des crédits sont utilisés et, dans le même temps, le rapport du CESER nous dit qu’il faut aller plus loin sur l’utilisation complète des fonds européens à destination des marins-pêcheurs.
Enfin, je voudrais, car c’est la période de fin d’année scolaire, on remplit les bulletins, on donne de bonnes notes, être satisfait d’un point tout de même, celui de l’intégration des remarques et amendements que l’on avait pu faire, au nom des Ecologistes, sur les pollutions liées aux munitions non explosées. Ce n’est pas un problème anecdotique sur nos 210 kilomètres de littoral. En Baltique, c’est 300 000 tonnes de munitions non explosées, qui sont enfouies sous les eaux. Du TNT, du RDX, du DNB… on en a pour 800 ans de libération de produits toxiques, qui vont avoir un impact direct sur l’activité de nos marins-pêcheurs et l’activité touristique des littoraux.
J’aurais juste une question pour Madame MALIAR, c’est : comment la région entend-elle piloter, avec d’autres, cette lutte contre la pollution liée aux munitions non explosées ? En intégrant le Parlement de la mer qui, en effet, est un peu laissé de côté sur ce point, mais qui peut avoir un rôle moteur, en parlant avec les Normands, les Belges, les Anglais, les Hollandais et les Allemands. Il faut aussi que l’on se tourne vers l’Union européenne pour régler ce problème et savoir qui est chef de file et qui va payer sur ce plan ?
C’est une bataille à mener collectivement, Madame MALIAR. J’espère que vous pouvez déjà réfléchir à un plan conjoint avec nos voisins, puisque c’est une stratégie de façade et nous ne pouvons pas mener ce combat individuellement.