Dans un communiqué de presse daté du 15 septembre, l’ARS des Hauts-de-France déclare qu’« en application d’une instruction du ministère de la santé, et du principe de précaution, l’eau du robinet délivrée dans 105 communes de la région est mise sous surveillance renforcée, avant d’éventuelles mesures de restriction de consommation ».
Nous nous félicitons de cet exercice de transparence de l’ARS, regrettant cependant qu’il arrive un peu tardivement, et sous la pression médiatique.
Cette mesure fait suite à la découverte d’un niveau élevé de métabolites de chloridazone dans l’eau de ces communes, un herbicide utilisé pour la culture de la betterave. En l’absence d’analyse toxicologique ou d’études épidémiologiques fiables et récentes sur les risques sur la santé de cette molécule, massivement épandu jusqu’à la fin de son autorisation de mise sur le marché en 2019, seule la valeur réglementaire de 0,1 µg/l en fixe la limite. Une valeur d’ores et déjà été dépassé dans 2 200 communes des Hauts de France, soit près de 65% de la population régionale !
Le ministère de la Santé a donc fixé, mi-juillet, à défaut de données scientifiques, une limite provisoire maximale à 3µg/L d’eau, en attendant que les études ne soient finalisées par l’Anses. Mais ce taux a d’ores et déjà été dépassé dans 45 communes de l’Aisne, l’Oise et la Somme, et concerne au total 13 500 habitant.e.s.
Nous prenons acte de la décision de bon sens prise par l’ARS de mettre sous surveillance renforcée ces communes et de l’application du principe de précaution, tout en nous interrogeant et regrettant que la mesure de cet herbicide n’ait commencé qu’en 2021, alors que cette molécule était utilisée depuis 40 ans (!) et qu’il ait fallu des mesures jusqu’à plus de 10 fois la valeur réglementaire pour que soient enfin commandées les études sur la dose de dangerosité réelle de cette molécule. Ce n’est hélas pas la seule des quelques 200 molécules qui sont analysées depuis seulement quelques années pour lesquelles les habitants et consommateurs restent dans le flou. Sans même parler des effets cocktails de ces molécules !
Si, à moyen terme, les interconnexions à des réseaux actuellement moins touchés ou la filtration au charbon actif pourraient permettre de résoudre, non sans délais et coûts importants le problème spécifique de ces métabolites, nous ne pouvons que constater que l’absence de prise en compte des dangers des traitements passés, pour lesquels nous avons alertés, vont couter très cher et durablement aux collectivités et aux habitants sans pour autant résoudre la question de fond du modèle agricole.
Au moment où la ressource en eau se raréfie, cette situation doit plus que jamais nous alarmer. D’abord sur l’absence de moyens alloués à la mesure des conséquences des quelques 300 molécules actives employées actuellement en agriculture, sans parler de celles qui plusieurs décennies après leur retrait d’utilisation, continuent à polluer nos nappes phréatiques.
Ensuite sur l’échec des plans de réduction de l’usage des pesticide (plan Eco phyto), en dépit des moyens considérables engloutis dans ce but sur nos modes de production agricole.
Notre modèle agricole doit se réorienter vers des pratiques plus respectueuses de la santé de tous et de l’environnement et si des aides sont nécessaires à ce virage, c’est à la seule condition qu’il soit réellement pris que doivent être conditionnés les soutiens financiers régionaux, nationaux et européens. Les élus écologistes tiennent à rappeler que l’eau est un bien commun de la nation, que nous nous devons de protéger à tout prix. Cet épisode doit être l’occasion d’opérer ce tournant quant aux méthodes de préservation de l’eau et des pratiques agricoles sur notre territoire.
Marine Tondelier, chargée de le commission affaires sociales et santé,
Nicolas Richard, chargé de la commission agriculture,
Pour la délégation écologiste au Conseil régional des Hauts-de-France.