QUESTION ÉCRITE - 21 mars 2025

Quel avenir pour la gare TGV Haute-Picardie ?

Julien Poix
Julien Poix
Transports

Exposé des motifs

Monsieur le vice-président,

L’inquiétude grandit dans toute la Picardie quant à l’avenir de la gare TGV Haute-Picardie. Les chiffres sont édifiants : depuis 2011, le nombre d’arrêt a baissé de 50%. On en dénombrait 22 par jour à l’époque contre 12 depuis le plan de circulation mis en place en décembre 2024. La dernière grille horaire a par ailleurs supprimé beaucoup d’arrêts en soirée. Les correspondances avec les gares stratégiques de la région parisienne sont incohérentes et certaines destinations comme Marseille, Nantes, Rennes sont accessibles uniquement dans un sens : aucun retour n’est proposé vers la gare TGV Haute-Picardie.

Cet effondrement de la desserte entraîne une conséquence : le nombre de navettes en bus au départ d’Amiens a également fortement chuté. Il y avait 11 dessertes quotidiennes en 2011, nous sommes à présent à seulement 3 dessertes journalières. Située entre Amiens et Saint-Quentin, cette gare TGV est pourtant un point d’accès aux mobilités durables pour un grand nombre de Picards. Son existence contribue à réduire les flux routiers en direction de la Région Parisienne et du Nord-Pas-de-Calais. Le choix fait par SNCF Voyageurs de réduire l’offre en gare de TGV Haute-Picardie est un mauvais coup porté à notre stratégie de décarbonation des mobilités et des transports.

Monsieur le vice-président, bien que le TGV ne figure pas dans le champ de nos compétences régionales, il n’en demeure pas moins un outil au service du développement des territoires. C’est à ce titre que la Région à travers votre voix et celle du Président Bertrand doit se faire entendre auprès de la direction de la SNCF. TGV Haute-Picardie n’est pas la « gare des betteraves » comme d’aucun peuvent la nommer parfois avec un brin de mépris. Elle est pour les Picards un outil de proximité pour accéder à des destinations nationales sans utiliser la voiture ou l’avion.
Monsieur le vice-président, avez-vous l’intention d’intervenir auprès des instances dirigeantes du groupe SNCF pour rappeler ces faits et alerter sur la dégradation inquiétante des services et de l’offre en gare de TGV Haute-Picardie ?

Dans l’attente de votre réponse, veuillez recevoir l’expression de mes respectueuses salutations.


Réponse de la majorité

Christophe Coulon
Christophe Coulon Vice-président en charge des mobilités, des infrastructures de transport et des ports

Je vous rappelle que les services TGV, je parle bien des TGV et pas des TERGV, ce sont des services dits « librement organisés », qui ne relèvent pas d’une obligation de service public et ne sont pas subventionnés.
La Région, comme les collectivités, a beau s’insurger régulièrement contre des suppressions de dessertes, malheureusement, sur ces services TGV, SNCF est seule à décider et je dirais que l’Etat porte également une part de responsabilité.

Depuis plusieurs années, l’offre TGV se réduit graduellement au gré des tensions croissantes sur le parc TGV qui font suite à des choix industriels désastreux et à un manque total de vision à long terme de la part des dirigeants du Groupe SNCF et de leur actionnaire, l’Etat, qui ont sciemment décidé de laisser le parc de TGV se réduire et partir à la casse, sans les rénover pour leur redonner de la durée de vie et sans commander suffisamment rapidement les rames qui viendraient les remplacer. Et de fait, lorsqu’on y ajoute à la défaillance de SNCF et de l’Etat celle d’Alstom qui n’est pas capable de livrer les nouveaux TGV-M à l’heure, nous en sommes là.

Au-delà des problèmes de parc, qui arrangent bien SNCF lorsqu’ils s’agit de justifier des suppressions d’offre, temporaires ou pérennes, les services interrégionaux qui passent par cette gare de Haute ­Picardie TGV, et que l’on appelle dans le jargon SNCF « liaisons intersecteurs » (car elles contournent Paris) sont considérées comme moins stratégiques, moins rentables par SNCF qui ne se prive pas, malgré nos protestations récurrentes, de les réduire et ce devant le regard indifférent de l’Etat, qui pourrait, lui, assigner des obligations de service public pour ces dessertes TGV dites « d’aménagement du territoire », comme il le fait dans l’aérien, comme le permet le Code des Transports.

Inutile de préciser que l’Etat ne le fait pas, et se rend ainsi complice de la stratégie de SNCF qui déplume petit à petit toutes ces gares intermédiaires comme celle de Hte-Picardie TGV, pour pouvoir réaffecter les rames à d’autres activités plus lucratives, comme le développement des TGV low cost OUIGO, en France voire ailleurs en Europe …

Ainsi par exemple, les liaisons avec Rennes qui étaient de 5 allers et retours par jour sont aujourd’hui réduites à deux liaisons.

La Région monte systématiquement au créneau à chaque changement de service pour dénoncer et demander le maintien des liaisons existantes. Je peux vous assurer que nous faisons, à notre niveau, le maximum pour rappeler le rôle essentiel pour les territoires de cette gare, et je déplore comme vous, que nous ne soyons pas entendus.

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