Depuis un mois, environ 250 000 étudiants ont retrouvé leurs universités ou leurs écoles, dont les 2/3 dans des établissements publics. La métropole européenne de Lille est depuis quelques années le 3ème pôle étudiant de France et Amiens est la 2ème grande ville française pour le ratio étudiants inscrits/habitants et c’est pour nous tous un motif de fierté et une chance d’être une région jeune et étudiante.
Et pourtant, une part croissante des étudiants de notre région est confrontée à une précarité préoccupante : difficultés à se loger, à se nourrir correctement, et à financer leurs études sans recourir à des emplois précaires. Cette situation menace l’égalité des chances et la réussite universitaire des étudiants, dont plus de 30% sont boursiers.
Aujourd’hui, dans une situation de demande locative de plus en plus forte, un étudiant sur 2 est mal logé. Pour les plus pauvres, les offres du CROUS sont insuffisantes et la promesse d’aménager 60000 logements faite il y a quelques années s’est réduite à 5000 sur l’ensemble du territoire national. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, seuls 9000 logements CROUS sont disponibles, et il n’en existe aucun dans une ville comme Douai. Seuls 25% des étudiants boursiers peuvent espérer trouver une chambre universitaire à tarif social.
Obligés de se diriger vers les offres privées dont les loyers sur le territoire picard, sont en hausse de 5 % cette année, les étudiants n’ont parfois pas d’autres choix que de renoncer à des besoins essentiels, à commencer par se nourrir. Est-il normal que deux étudiants sur trois sautent régulièrement un repas, ou que 200 000 d’entre eux bénéficient des aides alimentaires ? Cette précarité alimentaire, qu’une vice-présidente de l’Université de Lille estimait en 2023 à 33% des effectifs, n’est pas acceptable. L’abandon de l’offre régionale de 100 repas gratuits, puis leur remplacement par des démarches administratives opaques, contraignantes et parfois stigmatisantes ne sauraient qu’empirer la situation.
Cette double précarité de logement et d’alimentation a des impacts concrets et immédiats, à commencer par la nécessité, pour 46% des étudiants de la Région, à trouver un emploi le plus souvent précaire pour financer leurs études, leurs logements et leur nourriture, au détriment des activités sportives et culturelles, mais aussi au détriment de leur santé et de leur équilibre psychologique.
Face à ces terribles constats, la Région doit agir.
Considérant que la précarité étudiante atteint un niveau inédit dans notre pays, et spécifiquement dans les Hauts-de-France ;
Considérant qu’il n’est de plus grande injustice que de devoir renoncer à faire des études pour des questions financières ;
Considérant que la question du logement étudiant est absente des débats sur l’avenir de l’Université ;
Considérant que 44% des étudiants des Hauts-de-France sont en situation de vulnérabilité économique, sociale et psychologique ;
Le Conseil régional des Hauts-de-France, réuni en assemblée plénière, demande que le futur gouvernement :
Monsieur le Président, mes chers collègues,
Quand les ressources moyennes des étudiants en France sont estimées à 1129€ alors que le seuil de pauvreté est à 1216€, il y urgence.
Quand le montant de certaines bourses les apparente à de l’argent de poche,, il y urgence.
Quand seuls 6% des étudiants peuvent se loger dans les résidences du CROUS, il y urgence.
Quand seuls 25% des boursiers trouvent à se loger via le CROUS, il y urgence.
Quand 5000 logements ont été construits par le CROUS quand il en avait été promis 60 000, il y urgence.
Quand 2300 demandes de logements sont déposées dans les résidences Les Estudines, qui n’en ont que 250 à offrir, il y urgence.
Quand le nombre d’étudiants boursiers augmente de 10 % en 2025, il y urgence.
Quand même les étudiants des classes moyennes, fragilisés par Parcoursup, sont à la merci de logeurs peu scrupuleux, il y urgence.
Quand un étudiant sur deux est mal logé, il y urgence.
Quand un étudiant sur trois saute régulièrement un repas, il y urgence.
Quand un tiers des étudiants est en situation de précarité alimentaire, il y urgence.
Quand des étudiants par dizaines dépendent de l’aide alimentaire, il y urgence.
Quand les bénéficiaires de l’aide alimentaire redoublent davantage, il y urgence.
Quand les repas à 1€ ou les 100 repas gratuits de la Région sont réduits, voire supprimés, il y urgence.
Quand 46% des étudiants sont obligés d’avoir un emploi, il y urgence.
Quand certains envisagent de multiplier par 10 les frais d’inscription à l’université, il y urgence.
Quand les APL baissent alors que les loyers augmentent, il y urgence.
Quand 44% des étudiants sont désormais en situation de vulnérabilité sociale et psychologique, il y urgence.
Quand l’ascenseur social par les études ne fonctionne plus, il y urgence.
Et comme il n‘y a pas plus grande injustice que de devoir renoncer à des études pour des questions financières, je vous invite à reconnaître le caractère urgent de ce vœu.