DÉLIBÉRATION - 9 octobre 2025

Directive régionale d’aménagement Canal Seine Nord Europe

Adoptée
149
POUR
14
ABSTENTION
2
CONTRE
Transports

Exposé des motifs

La mise à grand gabarit de la liaison fluviale Seine-Escaut, en particulier par la réalisation du Canal Seine-Nord Europe (CSNE) son maillon central, constitue un défi de développement et d’aménagement pour les Hauts-de-France. À ce titre, le SRADDET a fixé des objectifs afin de garantir des conditions d’aménagement et d’implantations favorables autour du futur canal.

La Région a également pris l’initiative en décembre 2019 d’une Directive régionale d’aménagement (DRA) pour proposer une version régionale des aménagements bord à canal à l’horizoin de la mise en service pour accompagner les territoires traversés par le CSNE dans l’identification d’opportunités d’aménagement.

Une concertation des partenaires et des territoires a permis de d’alimenter le projet d’aménagement du territoire porté par la DRA, soumis à la validation des élus régionaux et fondé sur les orientations suivantes :

  1. Par le fluvial, créer de nouvelles opportunités économiques ancrées dans la transition écologique;
  2. Amplifier le report modal et un développement optimisé des implantations logistiques
  3. Faire du CSNE une ligne de vie pour les territoires et un marqueur de la Région Hauts-de-France.

ADOPTER la Directive Régionale d’Aménagement (DRA) du Canal Seine-Nord Europe tel que figurant en annexe

Télécharger l'annexe

En séance - intervention(s)

Katy Vuylsteker :

Monsieur le Président,
Chers collègues,

Nous examinons aujourd’hui une directive régionale d’aménagement censée préparer l’avenir des territoires riverains du Canal Seine-Nord Europe. Mais derrière le vocabulaire séduisant de la planification, cette délibération reste avant tout le prolongement d’un vieux modèle d’aménagement : celui du grand chantier salvateur, censé dynamiser une région par le béton, la logistique et la promesse d’emplois.

Ce texte parle de vision stratégique, de valorisation, d’opportunités économiques. Mais il ne dit rien, ou presque rien, des limites écologiques, des ressources consommées, des territoires lacérés. On nous parle de “transition”, mais c’est une transition cosmétique. Ce n’est ni un changement de cap, ni même un verdissement du même modèle : c’est la continuité maquillée d’un système à bout de souffle.

Le Canal Seine-Nord, présenté comme un “marqueur de la région”, risque surtout de devenir un marqueur de la fragmentation écologique et de l’artificialisation des sols. L’aménagement du territoire ne peut plus se penser comme une juxtaposition de zones industrielles, de façades logistiques et de rubans de bitume.

Or, c’est exactement ce que décrivent les “7 séquences d’aménagement” : boulevard industriel, façade logistique, grenier du canal… tout un imaginaire tourné vers la production, la circulation et la rentabilité, plutôt que vers la biodiversité, la résilience ou la justice territoriale.

Ce projet accentuera la dépendance de notre région à une économie de flux, de camions et de conteneurs, au lieu de relocaliser la valeur, de renforcer les circuits courts et de préserver les sols.

Une vraie directive d’aménagement, aujourd’hui, devrait partir d’un diagnostic climatique et social, pas d’un tracé d’infrastructure. Elle devrait associer réellement les habitant·es, les agriculteur·rices, les associations, au lieu de les convoquer en bout de chaîne, quand tout est déjà décidé.

Vous aimez présenter notre Région comme pionnière de la transition, mais la transition, ce n’est pas appliquer une couche de vert sur le vieux monde : c’est le courage de bâtir ensemble celui de demain.

Nous avons besoin d’un aménagement du territoire sobre, juste et démocratique. Pas d’une fuite en avant logistique déguisée en développement durable.

L’écologie n’est pas l’ennemie de l’aménagement : elle en est la condition de survie et elle est définitivement absente de votre directive d’aménagement,

Merci.

Karima Delli :

A chaque fois que l’on parle du canal Seine-Nord, il est vrai que l’on a l’impression d’entendre les mêmes incantations d’un côté : le canal va nous sauver.

Je vous le dis de manière assez simple : le canal a pris beaucoup de retard. Il a des difficultés financières. Pour autant, nous, les Ecologistes, nous vous le disons, nous sommes pour le fluvial, mais ce fluvial, ce n’est pas n’importe quel projet et ce n’est pas à n’importe quel prix. C’est là que cela devient très intéressant, car dès le début de ce canal, c’est-à-dire il y a des dizaines d’années, nous disions déjà : il faut le redimensionner, le ramener à une échelle écologique viable, mais aussi une échelle humaine.

Aussi, la complémentarité des moyens d’action sur les transports. Lorsque l’on parle du canal, on ne parle jamais du fret ferroviaire. On ne parle jamais réellement… Notre collègue nous a parlé du tourisme, mais il faudrait aussi davantage parler de la batellerie artisanale. Bref, il faut véritablement faire du fluvial un outil de sobriété, un outil d’avenir, mais je ne crois pas aujourd’hui, tel qu’il est, je vous le dis, tel qu’il est redimensionné, que ce canal nous apportera réellement ce que nous voulons.

Je crois que nous sommes une région qui a eu un impact et qui aura, je suis désolée de vous le dire, mes chers collègues, des impacts climatiques qui seront majeurs. Nous sommes dans des zones à risques climatiques. Là aussi, nous devrions tous être autour de la table et nous dire : maintenant, arrêtons de nous regarder en chiens de faïence, les pour, les contre, etc. Qu’est-ce que nous voulons ? Y a-t-il réellement des problèmes avec les millions de mètres cubes d’eau sur ce canal ? On ne peut pas se mentir, il y a un problème d’eau. Vous voyez ? Est-ce qu’il sera adapté à un plan de plus de 4 degrés ? Je vous le dis, je n’en ai pas la certitude.

En tout cas, aujourd’hui, il ne répond pas aux objectifs que nous devons nous fixer. Merci beaucoup.

Suivez l'actualité des élu·es
régionaux écologistes

En vous inscrivant, vous autorisez Les Écologistes Hauts-de-France
à vous envoyer les newsletters de la délégation.