DÉLIBÉRATION - 20 novembre 2025

Adoption du Plan d’actions de la Région Hauts-de-France pour l’industrie circulaire et lancement de deux appels à manifestation d’intérêt.

Adoptée
-
POUR
-
ABSTENTION
-
CONTRE
Aménagement

Exposé des motifs

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En séance - intervention(s)

M. le Président, chère·es collègues,

Nous examinons aujourd’hui un plan qui prétend faire entrer notre Région dans l’ère de l’économie circulaire industrielle. Sur le papier, l’ambition est immense : 250 millions d’euros, des filières structurantes, dix plateformes PMCB, dix ressourceries de nouvelle génération, un centre commercial du réemploi, et un objectif affirmé de massification. Ce n’est pas un petit geste symbolique. C’est un tournant stratégique.

Et je veux le dire clairement : oui, notre Région a besoin de cette rupture. Parce que nous sommes l’un des territoires qui consomment le plus de matières premières, qui produisent le plus de déchets, et qui subissent le plus durement le coût économique, sanitaire et social d’un modèle linéaire à bout de souffle.

Mais si nous voulons réussir cette transition, il faut sortir du « verdissement » de l’industrie pour entrer dans une transformation réelle. Autrement dit, l’économie circulaire ne doit pas être un vernis vert. Elle doit devenir la colonne vertébrale de notre politique industrielle.

 

Il y a, dans ce texte, des avancées solides :
• Une trajectoire claire pour l’emploi, avec un objectif de 30 000 emplois en 2030.
• Un travail sérieux sur les compétences, la formation, l’innovation.
• La volonté d’aligner territoires, entreprises, collectivités et citoyen·nes.
• Une place affirmée pour les filières stratégiques : batteries, bioéconomie, plastiques, textile, bâtiment.

Ces éléments, nous les saluons. Ils posent les fondations.

Mais une stratégie, ce n’est pas seulement une liste de projets. C’est une cohérence politique, et surtout une exigence. Et c’est là que nous devons aller plus loin


Première exigence : la sobriété

La circulaire n’a de sens que si elle commence par réduire.
Réduire les volumes produits.
Réduire les plastiques.
Réduire la fast fashion.
Réduire les matériaux neufs dans le bâtiment.

Aujourd’hui, le plan met l’accent sur le recyclage et l’industrialisation. C’est utile, mais pas suffisant. Si nous nous contentons de recycler toujours plus dans un système qui produit toujours plus, alors nous ne faisons pas une transition, nous faisons une fuite en avant.

Deuxième exigence : l’ESS au cœur, pas à la marge

Nos ressourceries, nos recycleries associatives, nos acteurs de quartier, nos structures d’insertion… ce sont elles qui portent l’économie circulaire depuis vingt ans.
Elles ont inventé les pratiques, formé les équipes, expérimenté les modèles.

Or le risque est réel : celui de voir des acteurs industriels capter les financements, l’écosystème, et la visibilité, tandis que les structures historiques deviennent des sous-traitantes invisibles.
Nous voulons l’inverse : que l’ESS soit le moteur, pas le décor. Cela suppose des critères clairs, un fléchage assumé, et une gouvernance partagée.

Troisième exigence : l’égalité territoriale

Si les dix plateformes PMCB et les dix ressourceries nouvelle génération se concentrent à Lille, Amiens ou Dunkerque, ce plan manquera sa cible.
La circulaire n’a de valeur que si elle transforme la vie quotidienne :
dans les quartiers populaires,
dans les communes rurales,
dans les territoires ex-industriels.

L’économie circulaire ne doit pas être une vitrine.
Elle doit être un service public du quotidien.

Quatrième exigence : la conditionnalité

Nous demandons que chaque euro regional soit conditionné à des engagements fermes :
• réduction des matières ;
• augmentation du réemploi ;
• emplois de qualité ;
• gouvernance démocratique ;
• transparence sur les résultats.

Parce que financer des projets d’industrie circulaire et des projets climaticides, c’est payer deux fois : avec l’argent public et avec notre crédibilité collective.

Nous avons une conviction :
l’économie circulaire n’est pas seulement une affaire d’usines.
C’est un projet de société.

C’est un projet qui touche au pouvoir d’achat : réparer, louer, réemployer, c’est moins cher que racheter du neuf.
C’est un projet qui touche à la dignité : former, insérer, qualifier.

C’est un projet qui touche à la santé : moins de pollution, moins d’incinération, moins de déchets.
C’est un projet qui touche à la fierté régionale : revaloriser nos briques, notre textile, notre savoir-faire, je pense notamment aux salariées de Safilin.

Enfin, c’est un projet qui peut rassembler, à condition qu’il soit juste.

En conclusion, je le dis avec franchise :
oui, il y a dans ce rapport une ambition notable.
Mais sans exigences claires, l’économie circulaire restera un slogan.

Et nous, écologistes, nous voulons en faire un projet qui change vraiment la vie.
Un projet qui crée de l’emploi, améliore la qualité de l’air, réduit les coûts pour les ménages, redonne du sens à la production et du pouvoir aux territoires.

Parce qu’au fond, l’économie circulaire n’est pas une technique.
C’est l’affirmation que nos ressources ne sont pas infinies, mais que notre imagination, elle, l’est.

Je vous remercie.

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