Partie 6, page 11 de la feuille de route, à la suite du paragraphe « La souveraineté et la sobriété numérique ».
Les infrastructures et leur empreinte : l’arrivée de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour le développement de data centers sur le territoire appelle la même exigence de sobriété. Pour une IA sobre énergétiquement, à faible empreinte carbone et respectueuse de l’environnement, la Région veille à ce que ces implantations conjuguent efficacité énergétique et récupération de la chaleur fatale, bilan carbone maîtrisé, priorité au réemploi de friches plutôt qu’à l’artificialisation de terres naturelles ou agricoles, et gestion transparente et économe de l’eau mobilisée pour le refroidissement. À cette fin, elle rend compte chaque année des consommations d’énergie, d’eau et de foncier de ces installations.
Cet amendement permet d’afficher nos exigences en matière d’impact environnemental des datas centers et en propose le suivi sur le moyen et long terme.
Monsieur le Président, chers collègues,
Depuis le 12 juin, notre région consacre une semaine à l’intelligence artificielle. Et il y a de quoi alors que l’IA est en train de transformer nos services, nos entreprises et notre quotidien. Sur la nécessité d’engager une réflexion et de se positionner, nous nous retrouvons.
Votre feuille de route prône « une IA sobre en énergie, à faible empreinte carbone et respectueuse de l’environnement ».
Mais cette sobriété, vous la réclamez aux usages, donc aux habitants et aux agents, et l’oubliez là où l’IA pèse le plus lourd : l’installation et l’exploitation des data centers.
Vous évoquez les projets en milliards d’euros d’investissements annoncés. Nous pensons qu’il faut les présenter en gigawatts, car c’est là que se lit l’impact sur nos territoires. Les trois data centers du projet SoftBank, à Dunkerque, Bouchain et au Bosquel, en représentent trois à eux seuls. C’est six fois la puissance d’Aluminium Dunkerque, le plus gros site électro-intensif du pays.
Combien d’hectares de terres agricoles seront stérilisés par ces projets ? Enfin se pose la question de nos ressources en eau. Combien de millions de litres pour refroidir ces serveurs ?
Sur ces questions, la feuille de route que vous portez reste muette. Aucun chiffre, mais surtout aucun cadre posé.
Pourtant, d’autres modèles existent : des data centers à taille humaine, répartis sur le territoire, dont la chaleur chauffe des serres ou alimente des réseaux de chaleur. La preuve qu’on peut faire du numérique un atout pour nos territoires, au lieu de leur imposer des installations géantes et opaques.
Car derrière le « progrès pour tous », il y a des choix : qui possède les données, qui profite de l’automatisation, qui en pâtit, quels usages nous finançons et lesquels nous refusons de subventionner. Ce sont des choix de société sur lesquels il nous faudra continuer de débattre. Mais d’ici là, notre feuille de route sur l’IA ne peut pas oublier ceux qui s’inquiètent de l’impact massif des data centers sur notre région.
Il y a une ligne sur laquelle nous ne transigerons pas : nos terres agricoles ne sont pas à vendre. Sacrifier des terres naturelles et nourricières, à La Brayelle comme au Bosquel, pour y implanter des data centers, c’est hypothéquer notre souveraineté alimentaire. Nous nous y opposons fermement.
C’est tout le sens de cet amendement, qui demande que le soutien régional aille à des data centers qui maîtrisent leur empreinte en énergie, en carbone, en foncier et en eau, et qui publient chaque année leurs consommations réelles. La transparence ne coûte rien à ceux qui n’ont rien à cacher et ceux qui s’engagent pour une IA sobre ont tout à y gagner.