Transports

Canal Seine-Nord Europe : jusqu’où ira la fuite en avant ?

17 juillet 2026

Photo : Société du Canal Seine-Nord Europe

Pendant que le coût du Canal Seine-Nord Europe explose, que les interrogations sur la ressource en eau se multiplient et que les impacts sur la biodiversité et l’environnement sont toujours minimisés, Xavier Bertrand continue de défendre ce projet comme s’il était une évidence.

La semaine dernière, Katy Vuylsteker, conseillère régionale écologiste du Nord, et Simon Jamelin, conseiller départemental écologiste du Nord, sont allés à la rencontre des collectifs réunis au Méga village installé à Villers-au-Tertre (Nord). Samedi, Katy Vuylsteker participait à la manifestation aux côtés des habitantes, habitants, associations et élus mobilisés.

Leur message est clair : un projet de cette ampleur ne peut pas être imposé sans répondre aux questions qu’il soulève.

Le coût du Canal Seine-Nord Europe était estimé à 4,5 milliards d’euros lors de son lancement. Il dépasse désormais les 7 milliards d’euros et la Cour des comptes estime qu’il pourrait atteindre 10 à 12 milliards d’euros, tout en pointant des incertitudes majeures sur son financement, sa gouvernance et ses hypothèses économiques.

À chaque nouvelle réévaluation, ce sont des milliards d’euros supplémentaires d’argent public qu’il faudra mobiliser. Pendant ce temps, les besoins en matière de transports du quotidien, de rénovation des lycées, d’adaptation au changement climatique ou encore d’accès aux soins restent immenses. Qui paiera la facture ?

L’autre angle mort du projet, c’est l’eau. Dans une région déjà confrontée à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, comment justifier un ouvrage dont les besoins en eau suscitent autant d’interrogations ? Comment garantir les usages agricoles, l’alimentation en eau potable et le bon état des milieux aquatiques dans un contexte de dérèglement climatique ? 

En mars 2025, Alexandre Cousin interpellait la majorité régionale en séance plénière : “À-t-on seulement une fois modélisé les conséquences de la présence du Canal Seine-Nord sur la ressource en eau en surface et dans les nappes, à l’été 2050 par exemple, et en suivant les courbes du réchauffement climatique ?”. À cette question pourtant essentielle, aucune réponse sérieuse n’a été apportée.

Le chantier entraînera l’artificialisation d’environ 3 300 hectares, la destruction de zones humides, la fragmentation des habitats naturels et des impacts importants sur des espèces protégées. Oui, le report modal vers le fluvial est un objectif que les Écologistes partagent, mais il ne peut pas servir d’alibi à un projet dont les impacts environnementaux restent sous-évalués et les dérives financières de plus en plus préoccupantes.

Comme le rappelait Katy Vuylsteker après la publication du rapport de la Cour des comptes en avril dernier : « La Cour des comptes confirme maintenant ce que nous dénoncions : le pilotage est insuffisant, la gouvernance trop régionalisée, et les hypothèses économiques à revoir. Nous demandons une conférence de financement transparente, une convention citoyenne et un audit indépendant de l’impact écologique. »

Les Écologistes continueront d’exiger la transparence sur les financements, une expertise indépendante sur les impacts environnementaux et un véritable débat démocratique.

Le 18 juin, en séance plénière, Karima Delli appelait elle aussi à sortir de la fuite en avant : “Il est grand temps de se remettre autour de la table, les collectivités, l’Union européenne, les acteurs économiques, les associations environnementales, les experts indépendants, afin de réexaminer en toute transparence le financement et la gouvernance.”

C’est précisément ce que nous demandons : remettre ce projet à plat, réunir les financeurs, lancer un audit écologique indépendant, organiser une convention citoyenne comme l’a proposé Karima Delli et enfin ouvrir un vrai débat transparent sur l’avenir de ce chantier.

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