L’épisode de chaleur qu’ont connu les Hauts-de-France en mai dernier est le plus important jamais subi à cette période de l’année. Les températures y ont en effet durablement dépassé les 30°C, et ce qui relevait autrefois de l’anomalie météorologique n’aura malheureusement plus rien d’exceptionnel dans les prochaines années. Les projections scientifiques nous invitent à anticiper dès aujourd’hui cette nouvelle réalité.
Cette même semaine, les candidats au Baccalauréat Professionnel passaient les premières épreuves de leurs examens, dans des salles étouffantes où les températures ont pu dépasser 30°C.
Dans de nombreux établissements, les conditions de travail se dégradent fortement à l’occasion de ces vagues de chaleur. De telles températures dans les établissements scolaires dépassent la seule notion de confort. Elles concernent également la santé, les apprentissages et le bien-être des lycéens, des agents régionaux et des enseignants. C’est aussi une question d’égalité des chances.
Face à l’accélération du changement climatique, la Région Hauts-de-France, qui a la responsabilité de la construction, de l’entretien et du fonctionnement des lycées, doit anticiper le climat de demain et adapter son patrimoine scolaire. Les rénovations des lycées doivent s’accélérer, non seulement pour lutter contre les passoires thermiques hivernales, mais aussi pour prévenir l’apparition de véritables bouilloires thermiques durant les périodes de forte chaleur.
La majorité des lycées des Hauts-de-France ne sont pas armés pour résister à des vagues de chaleur répétées du printemps à l’automne. La transformation et l’adaptation de notre bâti scolaire sont nécessaires pour affronter les défis climatiques à venir. C’est un enjeu majeur pour notre jeunesse. La réussite scolaire et la santé publique sont directement concernées.
En conséquence, le Conseil régional des Hauts-de-France, réuni en séance plénière le 18 juin 2026, s’engage à :
– Lancer immédiatement un audit « Confort » de l’ensemble des lycées publics de la région, afin d’identifier les établissements prioritaires pour lesquels la surchauffe des salles de classe et d’examen est la plus critique.
– Elaborer un Plan d’Urgence d’adaptation des Lycées doté d’un budget dédié, visant à déployer des solutions passives et écologiques à court terme : installation de brise-soleil orientables, de stores extérieurs isolants, de ventilateurs de plafond, et végétalisation des cours de récréation et création d’îlots de fraîcheur.
– Établir un Plan Pluriannuel d’Investissement pour la rénovation thermique des lycées identifiés par l’audit « Confort » dans un premier temps, puis, à terme, de l’ensemble des lycées de la Région.
– Réviser le cahier des charges des opérations de rénovations et de constructions en intégrant systématiquement les principes du bioclimatisme, l’isolation par l’extérieur adaptée au chaud, les toitures végétalisées ou réfléchissantes.
– Adopter un protocole sanitaire et pédagogique régional en lien avec le Rectorat, permettant d’adapter les horaires des cours ou de réorganiser les centres d’examen lors des alertes de forte chaleur.
Yannick Brohard :
Monsieur le Président, mes chers collègues,
Alors que l’été n’est pas encore arrivé, les températures vont de nouveau dépasser les 30° dans les salles de classe aujourd’hui, alors que s’y déroulent les épreuves du baccalauréat. Or, des études ont montré que les fortes chaleurs altéraient les capacités d’apprentissages et les performances cognitives.
Cette situation n’est pas exceptionnelle. En 2022, la France a battu 1500 records de chaleur. Il y a eu depuis 2020 quatre fois plus de canicules que dans les années 80. Pire, on en prévoit cinq fois plus d’ici 2050.
Comme le titrait le Courrier Picard il y a peu, « le temps de l’adaptation est venu. » Et puisque les solutions existent que nous connaissons : isoler les bâtiments, limiter les ouvertures vitrées, améliorer la ventilation, augmenter la végétalisation, c’est d’une décision budgétaire que viendra le déclic.
N’attendons rien de l’Etat sur ces questions. Après avoir divisé par deux les programmes ÉduRénov et Fonds Verts, il s’est contenté d’annoncer un plan ministériel de gestion des vagues de chaleur, qui s’est avéré depuis vide et caduc. Le ministre lui-même a affirmé hier qu’il « ne pouvait pas rénover des bâtiments qui ne lui appartenaient pas. »
C’est donc à notre région d’être à la hauteur et d’assumer ses compétences. Certes, des travaux de végétalisation ont été annoncés pour la rentrée 2026. C’est un bon début, mais il faut aller plus loin.
En effet, en 2023, un rapport de l’Assemblée nationale estimait que 86% des établissements scolaires devaient être rénovés pour faire face au changement climatique. Dans les Hauts-de-France, beaucoup de lycées ne disposent même pas de rideaux et de stores.
D’ici 2050, le climat des Hauts-de-France pourrait ressembler à celui de l’Occitanie actuelle. Région Occitanie qui vient justement de voter un plan d’investissement de 230 millions d’euros pour adapter ses lycées aux effets du changement climatique.
Les Hauts-de-France accusent là un retard considérable, qui, s’il n’est pas comblé, sera une faillite morale et politique à assumer devant les générations futures.
Et puisque vous avez déclaré, monsieur le Président, et je suis totalement d’accord avec vous, qu’il « est temps que notre société se tourne vers l’avenir, et que l’avenir, ce sont nos enfants » je ne doute pas une seconde que vous adopterez cette motion qui engage notre région à :
- Lancer un audit de l’ensemble des lycées de la région pour identifier les priorités
- Élaborer un Plan d’Urgence d’adaptation à court termes doté d’un budget à la hauteur des enjeux
- Établir un important Plan Pluriannuel d’Investissement pour la rénovation thermique des lycées
- Adopter un protocole sanitaire et pédagogique régional avec le Rectorat afin d’adapter les horaires en cas de pics violents de chaleur.