DÉLIBÉRATION - 5 février 2026

Rapport d’Orientations Budgétaires (ROB) pour l’exercice 2026

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CONTRE
Finances

Exposé des motifs

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En séance - intervention(s)

Monsieur le Président, mes chers collègues, « touchez pas au grisbi ». Je vous épargne la fin de la réplique culte de Francis Blanche dans Les Tontons flingueurs mais, avouons-le, Michel Audiard résume parfaitement le sentiment qui nous anime à l’analyse de vos orientations budgétaires pour 2026. La situation est ubuesque, les débats nationaux, houleux, pour finir – surprise ! – par un triple 49.3, résultat : vous avez attendu la fin des combats parisiens pour bouger, et nous voilà la seule région de France sans budget réel, sans action réelle jusqu’au 9 avril, une région au ralenti.

Il faut dire que, en matière de considération, les régions sont devenues les dernières roues du carrosse d’un Etat qui, pour combler ses propres trous, a décidé de nous faire les poches, et particulièrement celles des Hauts-de-France. Parlons de l’« oseille », ou plutôt de ce qu’il en reste. Nos recettes de fonctionnement chutent encore de 58 millions d’euros. C’est un comble. Avec l’inflation et les charges que l’Etat nous transfère, par pertes et profits, nous devrions avoir 110 millions d’euros en moins juste pour maintenir la tête hors de l’eau. Le projet de loi de finances initial prévoyait un impact de 140 millions. C’était violent. Avec le budget 49.3, c’est donc un peu plus de 100 millions d’euros, vous me direz que « c’est moins grave que si c’était pire ». Pardonnez-moi mais, en rajoutant ce que l’Etat nous doit, cela reste un braquage à plus de 200 millions d’euros. Ce vol organisé dure depuis 2024, cela commence à bien faire et, comme dirait l’autre, c’est un « sacré paquet de patates » en moins. Conséquence logique : il n’y a plus un « radis ».

Alors, vous sortez la sulfateuse et vous taillez dans les dépenses réelles de fonctionnement : - 62 millions d’euros par rapport à 2025. Dans votre rapport, c’est joliment dit : « La région doit renforcer ses efforts de maîtrise. » Traduction : « avant, on dépensait sans compter » ? Mais non. Vous écrivez « recherche d’économies rendue nécessaire par les baisses de recettes ». Vous pensez vraiment trouver des politiques inutiles après dix ans de mandat ? Non plus. La vérité, c’est que nos politiques publiques régionales vont subir le sort de Raoul VOLFONI : on va les retrouver éparpillées façon puzzle.

Cette baisse, c’est la même qu’en 2025. Pour 2027, vous nous promettez déjà 100 millions d’euros en moins. Vous appelez cela une trajectoire sous tension, j’appelle cela une trajectoire de crash – un crash aérien, si on reprend la métaphore.

Les lycéens, les associations, les usagers l’ont senti passer en 2025. En 2026, cela va faire mal. On parle de quoi ? De - 10 % pour tout le monde ou, plus certainement, entre - 5 et - 15 % selon les thématiques ? Ce qui est déjà annoncé, c’est - 15 % pour la pauvre protection de notre environnement, le peu qu’il reste de biodiversité et de ressources en eau potable. Et nos agents ? On leur demande de se serrer encore plus la ceinture, tout en travaillant plus, pour dégager des marges de manœuvre. En bon Français, faire plus avec moins jusqu’à l’épuisement.

Côté investissement, même punition, cela baisse : 32 millions d’euros en moins. La seule chose qui augmente chez vous, Monsieur le Président, c’est la dette. Comme vous n’avez plus d’épargne nette, elle est proche de zéro, vous devez emprunter la totalité de vos besoins d’investissement. Le chiffre donne le vertige : 600 millions d’euros d’emprunt cette année, un record absolu. L’année dernière, c’était 100 millions d’euros de moins. Vous avez tenté de me rassurer : « Avec le budget 49.3, la ponction diminuera de 42 millions d’euros, on empruntera moins. » Cela ne changera pas la réalité. L’encours de la dette dépassera les 4 milliards d’euros, la capacité de désendettement dépassera les 15 ans, très loin du plafond que vous avez changé et qui est maintenant à 12 ans. Comme le dit le CESER, c’est d’autant plus inquiétant que le niveau moyen de ce ratio pour les autres régions est de 6 ans. Nous sommes la seule région au-delà des seuils d’alerte, avec un taux d’endettement de 140 %. Vous écrivez vouloir limiter la capacité de désendettement à 12 années, mais c’est une fiction, cette région étouffe, et votre stratégie financière de 2022 est donc caduque.

En résumé, vous baissez le budget de 130 millions d’euros et vous augmentez la dette de 600 millions d’euros. C’est une spirale infernale que vous refusez de quitter. Pourtant, d’autres choix existent. Si vous aviez le courage d’actionner enfin les seuls leviers fiscaux que nous a laissés l’Etat, comme beaucoup d’autres régions le font, ce sont 80 millions d’euros que nous pourrions récupérer en ajustant la taxe sur les cartes grises, nous le verrons ensuite, et ce sont 80 millions d’euros de plus en instaurant enfin le versement mobilité régional et rural, qui profiterait effectivement aussi à nos territoires ruraux oubliés. Au total, 160 millions d’euros, plus que ce que l’Etat nous doit et nous prend. Mais c’est de l’argent que vous refusez par dogmatisme. Comme les gouvernements Macron, vous préférez donc endetter les générations futures et détruire le service public : fin des repas gratuits, arrêt des aides aux petits agriculteurs, hausse des tarifs, abandon des lycées. Vous m’aviez dit un jour, il n’y a pas très longtemps : « Quand cela baisse, il y a forcément des conséquences. » Monsieur le Président, ce n’est pas de la gestion, c’est du désengagement, c’est irresponsable.

Nous prenons donc acte de ce rapport, en attendant avril pour voir où tombera le couperet. Néanmoins, sachez une chose : à force de jouer avec le feu budgétaire, on finit par brûler les ailes de la région. Alors, pour le budget d’avril, un conseil : « touchez pas au grisbi » des habitants, ils pourraient s’en rendre compte.

 

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