La loi d’orientation des mobilités (LOM) demande aux Régions, en binôme avec les Départements, de piloter l’élaboration des plans d’actions communs en matière de mobilité solidaire (PAMS) afin que l’ensemble des acteurs d’un même bassin de mobilité se coordonnent mieux pour accompagner les personnes vulnérables dans leurs déplacements quotidiens, notamment pour accéder à l’emploi.
Parce que c’est un outil qui lui permet d’atteindre de manière opérationnelle des objectifs fixés dans son Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable et d’Egalité des Territoires (SRADDET), la Région Hauts-de-France est particulièrement volontariste pour mener cette démarche qui s’inscrit également dans son rôle de chef de filât mobilité. C’est ainsi la première Région à avoir engagé ces travaux sur l’ensemble de ses bassins de mobilité, en lien étroit avec les 5 Départements et l’Etat, avec le concours du Commissariat à la lutte contre la pauvreté, qui cofinancent l’assistance à maitrise d’ouvrage.
A l’issue de près de 2 ans d’échanges et de réflexions, le PAMS du Sud de l’Aisne peut être signé par l’Etat, la Région, le Département de l’Aisne, le Syndicat Mixte des Mobilités en Hauts-de-France, les 9 autorités organisatrices de la mobilité (AOM) présentes sur ce bassin et par les deux communautés de communes où la Région est AOM par substitution.
Ce PAMS met en particulier l’accent sur la nécessité de valoriser et de mieux faire connaître les nombreux dispositifs et services existants. En s’inscrivant dans la dynamique initiée lors de l’élaboration de ce document, les 16 actions retenues visent à renforcer l’écosystème de la mobilité solidaire et à poser les bases solides d’un partenariat pour mieux se coordonner, mutualiser les moyens, gagner en efficacité et garantir une mobilité solidaire et équitable.
Télécharger l'annexeKarima Delli :
Cette délibération fait écho avec ce que j’ai dit tout à l’heure, sauf que, là, on est dans le sud de l’Aisne. La mobilité dans l’Aisne n’est vraiment pas un confort, c’est une nécessité vitale. Sans transport, il n’y a pas d’emplois, il n’y a pas d’accès aux soins, il n’y a pas d’égalité des chances. Le pire, ce sont les chiffres : une personne sur cinq dans l’Aisne rencontre des difficultés pour se déplacer. Un jeune sur deux renonce à passer une formation ou un entretien, faute de mobilité. Une personne en insertion sur deux a refusé un emploi ou une formation, faute de transport. C’est la réalité de notre territoire.
Ce PAMS est une opportunité. Il est véritablement dans cette perspective d’ouvrir les initiatives. Il y a déjà de nombreuses initiatives (la plate-forme mobilité du Soissonnais Valois, le Bus Aisne Actifs), mais nous ne devons pas fermer les yeux sur le ferroviaire.
Je voudrais vraiment soutenir mes collègues, car ce qui se prépare dans nos gares est une véritable casse du service public. Nous ne pouvons pas réduire les horaires des guichets dans 87 gares sur 128 et en fermer 5 ; 5 gares rayées de la carte du service public au nom de la prétendue modernisation, je vous le dis, moderniser, ce n’est pas remplacer les humains par la machine. Moderniser, c’est être là pour les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les précaires, qui doivent se débrouiller seuls face à des écrans, même des jeunes qui n’ont pas accès aujourd’hui. Je rappelle que, dans notre région, une personne sur cinq n’a même pas accès au numérique.
Je le dis donc avec le cœur vraiment lourd, mais ces guichets ne sont pas simplement des points de vente. Ce sont des lieux d’accueil, d’écoute, de solidarité. Les fermer, c’est affaiblir les territoires, c’est creuser la fracture sociale, c’est abandonner les zones rurales, c’est aussi abandonner les petites villes.
Monsieur COULON, je suis comme Serge MARCELLAK, Héloïse DHALLUIN et mon collègue Julien POIX : il faut dire « non », car si l’on rentre dans cette dynamique de moins de guichets, on rentre dans une dynamique de moins de services. La disparition de l’humain dans nos gares, ce n’est pas possible. Nous considérons aujourd’hui que la colère des territoires est là où les personnes sont livrées à elles-mêmes. Ces gares permettent peut-être des convergences, mais garder des gares vivantes, c’est garder des territoires qui nous permettent réellement d’avoir du lien. Je pense que cela n’a pas de prix.
Julien Poix :
L’enjeu principal pour le bassin de mobilité du sud de l’Aisne, c’est de réussir, lorsqu’on lit le document, à faire cohabiter des publics différents, des publics vulnérables, des publics éloignés de l’emploi, de la mobilité et aussi des néo-arrivants, qui arrivent de région parisienne ou de la région rémoise. C’est un bassin de mobilité très particulier à ce titre. De façon assez naturelle, on observe que ces néo-résidents choisissent majoritairement de s’installer en frange axonaise, au plus près de leur lieu d’origine ou de travail. C’est logique. Une part significative s’installe notamment du côté de Saint-Quentin, Lens, Soissons, Château-Thierry.
L’Ile-de-France est le principal réservoir de ces nouveaux résidents (2,3 % de la population départementale tout de même). Les ménages s’installent dans le sud de l’Aisne. Les néo-résidents originaires d’Ile-de-France représentent 7,7 % de la population ; dans le canton de Charly-sur-Marne, dont vous parliez à l’instant, 14,5 %. C’est donc un mixage de publics qu’il va falloir mettre autour de la table, puis répondre aux attentes des uns sur l’accès au travail localement et des autres sur l’accès au travail plutôt tourné vers l’Ile-de-France. Les ménages en provenance de la région rémoise, c’est aussi 1,2 %, ce n’est donc pas négligeable. Il faut renforcer le dialogue avec l’Ile-de-France et avec Grand Est. Notamment, sur cette question des tarifs, l’intégration tarifaire, il y a vraiment quelque chose qui ne va pas. On en parlait tout à l’heure, mais on en reparlera, je pense, à l’occasion.
La question des fermetures de guichets, j’insiste bien, dans ces gares limitrophes de la région Ile-de-France, notamment La Ferté-Milon. J’ai eu la maire au téléphone, qui est un peu estomaquée. Elle me dit qu’elle est prise entre deux feux : « Je suis dans les Hauts-de-France, mais je suis aimantée par l’Ile-de-France et j’ai l’impression que ma commune dérive vers l’Ile-de-France, alors que je suis les deux pieds ancrés dans les Hauts-de-France. » Il y a un problème, un malaise qui s’installe. Je ne voudrais pas que l’on voie dériver des départements, comme la dérive des continents, s’accrocher à d’autres régions. Il faut que l’on réponde, Monsieur COULON, à ces maires, qui ne doivent pas avoir comme interlocuteur premier l’Ile-de-France ou le Grand Est, mais bien notre région Hauts-de-France.
Je terminerai sur la faiblesse du covoiturage qui est centré pour l’instant sur le sud de l’Aisne, mais il y a un travail du syndicat Mobilités Hauts-de-France pour remédier à ce problème.