DÉLIBÉRATION - 9 octobre 2025

Feuille de route « Reconquête de la biodiversité 2025-2028 » et nouveau dispositif « Biodiversité et ruralité »

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Environnement

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En séance - intervention(s)

Madame la Présidente, mes chers collègues, avant toute chose, je souhaitais rendre hommage à Jane Goodall qui est décédée la semaine dernière. Compte tenu de l’actualité politique tonitruante que l’on a connue cette semaine, cela est un peu passé sous les radars. Je tiens à rappeler son combat farouche pour la science, pour la primatologie, et pour la reconnaissance de notre place parmi un monde vivant, sensible et en danger. Je rappelle également que, durant le siècle dernier, elle a énormément contribué à la question sur l’écologie et la connaissance de la faune sauvage. Son travail a été essentiel.

A présent, passons à la situation de notre région. Nous sommes, ici, amenés à parler de la reconquête de la biodiversité. Madame TEINTENIER, dont je reconnais l’engagement sur la question, nous a parlé d’humilité. Si l’on se place du côté de la science, sur les 20 dernières années, la région n’est pas dans une phase de reconquête de la biodiversité. Bien évidemment, cela ne dépend pas que de notre travail en tant qu’élus régionaux ; cela dépend aussi d’un contexte mondial d’effondrement de la biodiversité qui est énorme et particulièrement sensible en région. Aujourd’hui, compte tenu des moyens et de la situation, la seule stratégie que nous pouvons avoir est une stratégie de freinage de l’effondrement de cette biodiversité que nous avons du mal à juguler.

D’après le Conservatoire botanique national de Bailleul, 19 % de la flore des Hauts-de-France est menacée de disparition, 35 % des espèces des prairies humides ont perdu plus de la moitié de leur aire de répartition en 30 ans. La région – cela a été dit – a perdu plus de 1 200 hectares de zones humides en 10 ans.

L’artificialisation des sols, en dépit de la trajectoire ZAN votée il y a quelques années, continue à galoper avec près de 1 600 hectares par an, ce qui reste colossal dans une région comme la nôtre qui est déjà au-dessus de tous les seuils français.

Du côté de la faune, les signaux sont tout aussi préoccupants. Les oiseaux des milieux agricoles ont chuté de plus de 30 % en 20 ans. Le moineau friquet, qui était autrefois un oiseau très commun et familier, a perdu plus de 60 % de ses effectifs.

La vipère péliade, qui dispose d’un plan de défense nationale et qui subsiste dans quelques noyaux de la région (le Boulonnais, l’Artois, la Haute Vallée de la Somme, le Laonnois entre autres) est de plus en plus en difficulté.

La mégère, qui était autrefois très commune, est également en train de régresser à des seuils très inquiétants.

Le chat forestier, que certains et certaines d’entre vous connaissent, qui vit à Mormal et dans des espaces forestiers de plus en plus fragmentés, connaît lui aussi une situation très préoccupante.
Je rajoute une espèce qui a été évoquée la semaine dernière par la Fédération nationale de la pêche : l’anguille. Elle risque de disparaître du territoire français si un plan de sauvegarde n’est pas lancé très rapidement.

Ces espèces ne sont pas des anecdotes. Elles traduisent la dégradation globale de nos milieux : moins d’insectes, moins d’oiseaux, moins de pollinisation, moins de fertilité des sols. La biodiversité n’est pas un supplément d’âme, c’est un indicateur de santé publique et de résilience territoriale.

Cette feuille de route qui nous est présentée arrive après 3 années de relatif vide politique, comme le souligne le CESER. Elle aligne enfin la Stratégie nationale biodiversité 2030, REV3 et l’action de l’Agence régionale de la biodiversité, mais elle comporte des oublis majeurs. Par exemple, le SRADDET, document de planification stratégique, n’est pas cité dans ce document. La stratégie régionale pour la biodiversité, à laquelle le texte se réfère pourtant, n’existe pas encore juridiquement en région. D’ailleurs, le CESER a demandé qu’elle soit écrite et soumise pour avis avant 2026, ce que nous soutenons pleinement.
Par ailleurs, le budget régional dédié à la biodiversité recule nettement : 3,9 millions d’euros en investissement en 2023, 2,17 millions d’euros en 2025. Le fonctionnement, c’est 4,53 millions d’euros en 2023 et 4,29 millions d’euros en 2025. Nous sommes bien conscients de la fragilité budgétaire nationale et du contexte, mais cette baisse de près de 45 % des crédits d’investissement en 2 ans montre que, même si l’ambition de ce texte est réelle, les moyens demeurent très insuffisants. Nous rappelons que la biodiversité ne peut pas être une variable d’ajustement budgétaire : il s’agit d’un investissement vital et non d’une dépense optionnelle.

Autre déséquilibre qui a été souligné : cette feuille de route accorde une part trop importante au monde rural. Oui, les collectivités urbaines ont davantage de moyens pour agir sur la biodiversité, mais en tant que chef de file de la question de la biodiversité régionale, nous ne pouvons laisser de côté le milieu urbain.

La biodiversité agricole et forestière mérite un accompagnement, mais l’essentiel des habitants se situe en ville et en périphérie. C’est là qu’elle devient visible d’un point de vue éducatif et politique (dans toutes les cours d’école, sur les toitures végétalisées, dans les friches renaturées, ou encore dans les jardins partagés). La reconquête de la biodiversité doit également se jouer dans la vie quotidienne des habitants urbains, et pas uniquement dans les champs et les forêts.

Le texte parle beaucoup de plantation et de trame écologique. C’est positif, mais nous sommes très en retard sur la sauvegarde des espaces naturels qui, régulièrement, sont grignotés par de l’urbain et de l’artificiel.
La région doit également assumer davantage son chef de filât en termes de biodiversité, et pourrait coordonner – cela a été dit par le CESER – des missions dépassant le cadre régional. En effet, les trames vertes, bleues, et noires ainsi que tous les corridors de biodiversité dépassent largement les frontières de nos régions. Naturellement, pour coordonner ces missions, il faut s’organiser avec les autres territoires.
En conclusion, cette feuille de route va dans la bonne direction dans la mesure où elle donne enfin un cap après des années d’attente. Néanmoins, elle souffre d’un manque de cohérence avec le SRADDET, d’une absence de SRB, d’un budget en net recul, et d’une vision parfois trop rurale. Nous en avons conscience : le contexte budgétaire national est difficile, les marges de manœuvre régionales se réduisent, mais c’est justement dans ces périodes de tension qu’il faut tenir le cap écologique, car c’est un investissement pour l’avenir.

En responsabilité, nous voterons pour cette feuille de route. C’est un vote d’encouragement, mais de vigilance vis-à-vis de tous les points que je vous ai énoncés. Merci.  

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