DÉLIBÉRATION - 21 mars 2025

« Pour que l’État s’engage à protéger le service public de l’Éducation dans les territoires des Hauts-de-France »

Vœu du groupe "Pour le Climat et Pour l'Emploi"
Rejetée
24
POUR
0
ABSTENTION
104
CONTRE
Éducation

Exposé des motifs

L’annonce couvait depuis quelques mois, et les premières estimations commencent à fuiter : la rentrée des classes 2025 se fera sous les signes des fermetures de classe. La Région Hauts-de-France tiendra alors une triste distinction, celle de représenter 25 % des fermetures nationales. En tout, ce sont près de 400 fermetures de classes qui sont annoncées, qui viennent s’ajouter aux presque 300 de l’an dernier.

S’il s’agissait d’entreprises industrielles, chacun crierait à juste titre à d’intolérables plans sociaux. S’il s’agissait d’effectifs de police ou de gendarmerie, on ose imaginer la légitime colère que cela susciterait. Et s’il était question de la fermeture de prisons, beaucoup seraient opposés à l’idée même.

Pourquoi dès lors s’accommoder des mesures annoncées pour la rentrée scolaire 2025 ?

Rappelons en préambule que ces questions dépassent largement le cadre des écoles, collèges et lycées de la Région, et qu’il faut, pour bien l’appréhender, se départir d’une simple lecture comptable et démographique.

Cette question est avant tout une question de justice territoriale. Or, s’il est des territoires qui souffrent plus que partout ailleurs d’inégalités, ce sont ceux des Hauts-de-France. Le Pas-de-Calais est ainsi le 2ème département le plus pauvre de France métropolitaine. C’est aussi celui dans lequel 8000 enfants dépendent de l’aide sociale à l’enfance. Quatre des cinq départements de la Région sont parmi les plus concernés en France par la pauvreté, notamment chez les moins de 30 ans et les familles monoparentales. L’INSEE, dans un panorama de la pauvreté paru en 2023, ajoute à ces inégalités les difficultés d’accès aux transports, la précarité énergétique, l’inadaptation des logements et… le déficit de formation.

Ces constats sont édifiants, et au sein de cette assemblée, nous avons, je l’espère, tous à cœur de réduire, voire de supprimer ces intolérables injustices territoriales. Mais comment l’espérer si les dés semblent pipés dès le plus jeune âge ?

Comment agir pour l’inclusion de tous et toutes si des classes ferment ? Comment lutter contre les violences scolaires si des classes ferment ? Comment redonner du sens au travail des enseignants si les classes ferment ? Comment prétendre restaurer l’autorité de l’école si des classes ferment ?

On le sait, un des freins à la réussite scolaire des élèves, et notamment de ceux des classes populaires, est justement la question des effectifs par classe. Les études internationales le montrent. Dans ce domaine, la France est, une fois de plus, à la traîne des grandes nations européennes et mondiales. Les effectifs moyens sont supérieurs à ceux constatés dans les pays de l’OCDE. Et pourtant, on continue d’appliquer la même logique inepte : moins d’élèves égal moins de classe, alors que ce serait là l’occasion d’améliorer cette statistique sans que cela coûte un euro supplémentaire au budget de l’État. En outre, la question des effectifs est également liée à celle du bien-être à l’école, et participe de ce fait à la diminution des risques de harcèlement scolaire que le Conseil régional a décidé d’en faire une grande cause.

Objets d’éducation et d’instruction, les écoles sont aussi des outils d’aménagement des territoires, et notamment des plus isolés et abandonnés d’entre eux. Si une classe ou une école ferme, qui attirera les familles dans les bourgs ? qui retiendra les commerces ? qui fera vivre ces territoires ? On le sait, et les élus locaux de cette assemblée davantage encore : une école qui ferme, c’est tout un territoire qui meurt.

Et d’ailleurs, à ces maires qui ont investi des sommes parfois considérables, qui pour moderniser un groupe scolaire, qui pour isoler les salles de classe, qui pour équiper les équipes pédagogiques, que leur dira l’État ? Que pour 2 ou 3 élèves en moins dans les tableurs des Rectorats ces investissements n’auront servi à rien, et que leurs communes seront sacrifiées sur l’autel de la compétitivité et de la rentabilité ?

Pour toutes ces raisons de justice territoriale et d’égalité des chances, le Conseil régional des Hauts-de-France décide :

  • D’interpeller l’État afin qu’il renonce aux fermetures de classe annoncées pour la rentrée 2025.
  • De réclamer de l’État qu’il s’engage sur un vaste plan ambitieux de protection du service public de l’éducation, notamment dans les territoires isolés, en soutenant financièrement les politiques scolaires des communes fragilisées par la baisse de leurs dotations.
  • D’inviter l’État à abandonner une lecture uniquement comptable de la question scolaire pour en faire un outil d’aménagement des territoires au service des communes, des familles et des élèves.

En séance - intervention(s)

Monsieur le président, mes chers collègues,

Notre région est la plus jeune de France. C’est aussi celle où les difficultés scolaires sont parmi les plus grandes. D’ailleurs, nombreuses sont les études qui montrent que les inégalités sociales et les difficultés s’accumulent dès l’école primaire. Voilà certainement la pire des injustices, de celles qui vont conditionner toute une vie et agir comme un terrible marqueur social.

Notre jeunesse n’a pas besoin de cela. Elle qui, plus que partout ailleurs en France métropolitaine, a le plus de risque de subir le chômage, la pauvreté, les précarités, ou bien d’être confrontée aux risques sanitaires, à la pollution, à l’obésité. Ces faits existent, ils sont documentés, notamment par l’INSEE.

Alors, quand les annonces de fermeture de classe se multiplient, levons-nous pour dire que cela suffit, car en sabotant l’école, c’est la société que l’on attaque.

Je ne vais pas revenir dans le détail de cette motion. Vous l’avez lu. Mais permettez-moi, monsieur le Président, d’y voir un lien avec cette République des territoires dont vous parlez souvent.

Qu’est-ce qui structure ou fait vivre un territoire ? c’est l’école.

Qu’est-ce qui peut réduire les injustices territoriales ? c’est l’école.

Qu’est-ce qui qui doit réduire les inégalités sociales ? c’est l’école.

Vous êtes nombreux ici, chers collègues, à cumuler votre mandat régional à un mandat local de maire. Vous savez donc ce que représente pour les dynamiques locales la fermeture d’une classe. Et parce qu’une logique bêtement comptable conclut à la fermeture de plus de 400 classes en 2025, nous devrions renoncer à l’idéal républicain de justice territoriale et d’égalité des chances ?

Chers collègues, [ la méritocratie restera un leurre si, dès leur plus jeune âge, nos enfants commencent la course avec un boulet aux pieds, alors que justement, la baisse démographique permettrait, sans aucune incidence pour les finances de l’Etat, d’enfin faire baisser les effectifs dans les salles de classe, dont on sait que c’est la meilleure arme pour lutter contre l’échec scolaire. ] Cette baisse démographique est en fait une opportunité à saisir pour réduire les fossés sociaux et territoriaux qui menacent la cohésion de notre région.

Voilà pourquoi ce vœu interpelle l’Etat afin qu’il renonce aux fermetures de classe, réclame de l’Etat qu’il s’engage à soutenir financièrement les politique scolaires des communes fragilisées par les baisses de dotations, et invite l’Etat à abandonner une lecture comptable de la question scolaire pour en faire un outil d’aménagement des territoires au service des communes, des familles et des élèves.

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