Monsieur le président, mes chers collègues,
Le Bac pro a 40 ans cette année. 40 ans passés à redonner confiance à des gamins en échec scolaire. 40 ans à ouvrir des perspectives à des jeunes des milieux populaires. 40 ans à maintenir dans l’idéal républicain des élèves dont beaucoup voulait se débarrasser.
40 ans de réformes également. Qui ont malaxé ce modèle original pour mieux le faire rentrer dans le moule de l’éducation utile, rentable, quand ceux qui en bénéficient ont besoin de temps, de réassurance, et de confiance.
Rien de tout cela dans cette délibération. Au contraire, les objectifs fixés sont
« de former pour les secteurs qui recrutent et d’avoir une forte ambition pour l’alternance. » On est loin de l’esprit du Bac Pro initial. On ne parle désormais plus que d’adaptation aux demandes des entreprises, d’apprentissage, et d’adéquation au marché de l’emploi.
Que l’offre de formation évolue et s’adapte, rien de plus normal. Qu’elle se plie aux aux desiderata des entreprises l’est moins. D’ailleurs, les professionnels qui accompagnent quotidiennement les lycéens pro ont refusé cette offre lors des derniers Conseils académiques, tout comme ils avaient alerté sur la suppression de 60 heures d’enseignement professionnel et 276 heures d’enseignement général sur un cycle.
A moins que l’objectif inavoué soit différent, et qu’il rentre en écho avec le personnage de Bardamu, dans le
« Voyage au bout de la nuit » de Céline, à qui un recruteur des usines Ford répondit ceci :
« Ca ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon ! Vous n'êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu'on vous commandera d'exécuter… Nous n'avons pas besoin d'imaginatifs dans notre usine. C'est de chimpanzés dont nous avons besoin… Un conseil encore. Ne me parlez plus jamais de votre intelligence ! On pensera pour vous mon ami ! »